• « Nouveau » PLU : encore une fois les habitants n’ont pas été entendus…

    Il faut saluer la volonté de notre municipalité d’avoir voulu modifier le désastreux PLU (Plan Local d’Urbanisme), élaboré et héritage des « écologistes » ; c'est-à-dire de madame Voynet et son équipe (toujours en grande partie dans la majorité actuelle), qui faisait la part belle aux promoteurs, et qui a, entre autres dégâts, permis de sacrifier nombre d’espaces verts (une partie des mur à Pêches, des jardins de proximité, une zone Natura 2000, et cetera) sur l’autel « d’intérêts supérieurs »… Rarement une politique aura aussi dramatiquement illustré la dichotomie qui persiste (depuis des décennies) entre les discours politiques (dits de gauche) et les actes.

     

    Les conclusions des 18 mois de concertation pour le nouveau PLU ont été livrées au cours de la dernière réunion plénière du 29 novembre dernier. Cependant comme vous ne trouverez ce document distribué à cette réunion nulle part, je vous en ai fait un scan : cliquer sur ce lien pour le consulter ou le télécharger.

     

    Il y a juste un problème de taille, malgré les bonnes intentions de cette nouvelle municipalité - où les habitants auraient pu espérer être enfin entendus - ce qui a été retenu de cette concertation n’est pas du tout le reflet des expressions majoritaires des habitants. Tant de temps et d’énergie mobilisés pour accoucher d’une souris verte grise, c’est une vraie déception ; une de plus…

     

    Les habitants n’ont pas été entendus sur au moins 6 points fondamentaux, très importants pour l’avenir de cette ville et comment on y vivra dans quelques années. Revue de détail…

     

     

    Concernant les hauteurs maximales des constructions 

     

    Les préconisations concernant les limites de transition sont bonnes (pages 9) et c’est une bonne mesure en soi.

    Sauf que les valeurs des hauteurs maximales restent trop importantes et surtout ne tiennent pas compte des contextes spécifiques.

    Montreuil est une ville dont les voiries sont souvent très peu larges et si on veut « pouvoir voir le ciel partout » (une demande de base très forte), il faut impérativement tenir compte de la largeur des voiries et des trottoirs qui bordent les constructions.

    L’autre évidence tient au fait que mettre des grands ensembles avec des voies de desserte étroites, c’est l’asphyxie assurée par l’afflux de circulations (voitures, piétons et autres) créé, ce qui est en totale contradiction avec les objectifs du PADD.

    Aussi des règles supplémentaires concernant les hauteurs maximales construites devraient être instaurées de façon transversale, c'est-à-dire pour tous les secteurs :

    - rue à 2 voies (ou une voie pour le trafic + une voie de stationnement + 2 trottoirs), c'est-à-dire pour les voiries dont la largeur totale est inférieure ou égale à 10 m  hauteur maximale 6 m, soit du R + 1 ; seul un retrait de 3 mètres (restitué à la voirie) autoriserait une hauteur maximale de 9 m (et non pas 10 !!!) soit du R + 2

    - rue à 3 voies ou largeur totale de la voirie supérieure à 10 m et inférieure à 13 m, préconisations  identiques à celles de la zone UH (quel que soit le secteur)

    - pour les rares axes dont la largeur totale est supérieure à 13 m le R + 5 me semble une hauteur encore trop importante. Pourquoi ne pas s’en tenir à du R + 4 (15 m) comme dans tous les quartiers où il fait bon vivre (comme autour de la Mairie) ?

    - en conséquence pour les éventuels bâtiments donnant sur des voies de largeur différente, les hauteurs maximales devraient suivre les préconisations du métrage linéaire donnant sur chaque rue proportionnellement à la surface.

     

    De même instaurer une règle ou la « hauteur maximale des constructions sur rue est limitée au gabarit majoritaire constaté sur l’ensemble du linéaire » (page 24) est la porte ouverte à tous les abus.

    Il y a tant de « verrues » construites à Montreuil qui ne respectent pas les caractéristiques des zones, que cela va vite devenir du grand n’importe quoi avec un étouffement progressif des habitats les plus bas. Aussi aucune dérogation aux règles de la zone avec les règles transversales ci-avant rajoutées ne devrait être permise. En complément, les reconstructions de bâtiment dépassant actuellement les préconisations de hauteur devraient s’aligner sur les préconisations de la zone et les règles transversales ci-avant rajoutées, ce qui à l’évidence limiterait quelque peu les appétits des spéculateurs.

     

     

    Préconisations d’alignement, accessibilité et espaces verts 

     

    Il n’y a aucune préconisation impérative d’alignement en recul ; ce qui devrait être le cas au minimum pour les grands axes de plus en plus étouffés, et si on veut verdir un peu plus la Ville.

    De même, je ne vois aucune zone réservée pour que cette Mairie tienne ses promesses en matière d’espaces verts.

    Rappelons à ce propos que Montreuil dispose actuellement de 5,8 m² par habitant de parcs et jardins, l’OMS en préconise 12 ; soit plus du double !

     

    Concomitamment à la création d’espaces verts, nous devrions viser à ce que tous les trottoirs de Montreuil soit au minimum de 2 m de large utiles pour les seuls piétons.

    Actuellement, de nombreux trottoirs sont impraticables, notamment pour les personnes à mobilité réduite, du fait de leur faible largeur ; tandis que les trop nombreux mobiliers urbains (souvent installés en plus en dépit du bon sens) et les poubelles (qui ne trouvent nulle part leur place dans la voirie actuelle) aggravent encore cette impraticabilité.

    Aussi, c’est bien de prévoir de mettre des arbres, encore faudrait-il qu’il y ait suffisamment de place pour ce faire (l’implantation par exemple face à l’hôtel des impôts est absurde, car limitant radicalement le passage des personnes à mobilité réduite)… et dans l’état actuel de la voirie, sans élargissement de celle-ci, et sans espaces réservés pour y mettre des jardins, c’est un vœu pieu.

     

     

    Stationnement et obligation de parking 

     

    Le problème de l’obligation de parking(s) (page 27) n’est pas traité à la hauteur des carences en places de stationnement ; alors que c’est pourtant une demande récurrente dans les CDQ depuis plus de 10 ans, où on se plaint régulièrement des difficultés de stationnement ; et à l'évidence, ça s’aggravera si ce nouveau PLU est adopté en l’état. 

    Le moindre évènement (marché, expo, fête, service religieux, et cetera), et c’est récurrent quasiment quotidiennement à Montreuil, engendre immanquablement le chaos pour les stationnements.

    Et pourquoi exonérer les constructions à destination sociale de quasiment toute obligation ? Selon les dernières statistiques disponibles, 83 % des Français sont propriétaires d’au moins un véhicule (77 % en IDF). On ne retrouve pas ces adaptations aux réalités dans les préconisations d’obligation de parkings.

    De plus, si on veut résorber l’occupation des voiries, des trottoirs et des stationnements en double file par les véhicules, ainsi que répondre aux carences actuelles, il faudrait au contraire fixer des obligations supérieures pour les nouvelles constructions :

    - 1 parking par logement (quel que soit le secteur) me paraît un objectif qui permettrait de résorber progressivement les demandes actuelles non satisfaites (ce qui permettrait de louer la place si elle est inoccupée et de débarrasser à terme les voiries des véhicules).

    - tandis qu’une place par 100 m² de bureau ou activité créés me paraît un minimum. À ce propos, il n’y a qu’à constater combien de véhicules se garent en double file devant des entreprises (par exemple, rue Étienne Marcel) pour se rendre compte qu’on est même en dessous des besoins avec cette préconisation.

     

    Tous les discours et bonnes intentions se heurteront toujours aux besoins et nécessités des gens ; ne pas en tenir compte s’est allé au-devant de graves déconvenues. Décréter que demain la ville devra être sans voiture (un louable objectif en soi) sans un maillage de transports (rapides, disponibles, accessibles, …) qui permettrait de s’en passer, c’est vraiment un déni de réalité totalitaire.

     

     

    Logements sociaux 

     

    Pourquoi garder 40 % de logements sociaux dans les secteurs de projet (page 26), alors même qu’on ne sait pas gérer les problèmes inhérents aux actuelles zones déjà trop concentrées ?

    Cette fuite en avant, qui nécessite toujours plus d’équipements collectifs et de traitements sociaux, alors même que les dotations de la Ville sont en diminution et que Montreuil est déjà bien au-delà (35 %) des obligations contenues dans la loi SRU (25 %), est une aberration.

    Si encore, on pouvait proposer ces nouveaux logements sociaux aux actuels nombreux mal-logés de Montreuil, ça serait bien ; mais ce n’est pas le cas puisque le quota d’attribution de la Ville sur les logements sociaux construits est de 20 % ; le reste se répartissant sur les autres opérateurs : action logement, région, État.

    Tout nouveau logement social, c’est donc un afflux supplémentaire de personnes nécessitant un traitement social particulier. On ne peut pas sans cesse nous répéter « qu’on n'a pas de sous » et faire tout ce qu’il faut pour aggraver la situation financière de la Ville.

     

    Aussi, 30 % pour tous les secteurs est un bon compromis, si on ne veut pas « inverser » la « mixité sociale », éviter de renforcer les phénomènes de ghettoïsation et ne pas obérer définitivement les finances de la Ville déjà bien mal en point.

     

     

    Zones exclusives d’activités 

     

    Les zones UX (page 16) sont bien maigres pour une ville de plus de 100 000 habitants…

     

    Montreuil souffre d’un sous-emploi alarmant (18 % selon les chiffres de la Ville) et ne pas profiter de l’opportunité de développer plus d’activités économiques pour les sans-emploi n’est pas en cohérence avec les besoins des habitants, mais également de la Ville.

    Rappelons à ce propos que les activités économiques ne font que rapporter des recettes sans rien coûter en termes de besoins d’équipements collectifs.

    Une vraie ambition serait d’augmenter leur surface totale d’au moins 50 %.

     

     

    Divers points à prendre en compte

     

    Il aurait été souhaitable que la charte des promoteurs soit intégrée de façon réglementaire aux obligations pour les nouvelles constructions.

    Trop de chantiers continuent à pourrir la vie des riverains qui doivent les supporter, souvent en mettant leur vie en danger en plus (cas de l’ancienne Clinique, 3 accidents déjà, ou du nouveau collège où les personnes marchent sur la chaussée sur plus de 50 m et de biens d’autres encore).

     

    De même, rien de prévu pour valoriser et exploiter l’énorme potentiel économique que constituent les artistes, artisans d’art et métiers culturels.

    Aucune ambition, aucun espace pour eux ; quel gâchis. À quand, entre autres, un vrai Centre des arts et métiers d’art à Montreuil ? J’ai bien peur que la seule politique de la Ville en la matière soit de continuer à se valoriser avec les nombreux talents qui résident à Montreuil, sans jamais rien leur donner en échange (sauf des miettes) et sans comprendre qu’elle a une mine d’or inexploitée sous la main.

     

    Le problème de l’unité architecturale n’a pas du tout été traité. Pour tout nouveau permis de construire, une consultation décisionnelle des riverains dans un périmètre de 400 m avait été proposée, on ne la retrouve nulle part.

     

    Je m’étonne de la procédure suivie. Nous n’avons eu aucunement le temps de soumettre le document présenté aux participants des CDQ. Cette synthèse présente les choix des élus, sans que les retours sur ceux-ci aient pu s’exprimer. C’est bien dommage… et ce document est encore un passage en force qui ne tient pas compte des vœux exprimés. Ils ne sont pourtant pas bien difficiles à entendre ; puisqu’il suffit de relire les comptes-rendus des CDQ depuis 10 ans pour les connaître.

     

     

    Pour conclure et appel à votre mobilisation 

     

    J’espère que nos élus seront assez souples et attentifs pour ne pas précipiter l’adoption d’un PLU qui encore une fois, sur bien des points fait la part belle aux promoteurs et ne tient pas compte de nos contextes spécifiques.

    Il n’est pas - dans l’état - totalement le reflet des attentes des habitants, et certainement comme beaucoup, je ne peux que me sentir floué par 18 mois de travaux qui n’auront au final servi à rien, puisque les préconisations les plus élémentaires n’ont pas été retenues ; tandis que nombre d’entre elles sont des vœux pieux sans prise en compte des réalités qui s’y opposent. 

     

    Je vous rappelle que c’est le dernier moment où vous pouvez exprimer à nos élus votre désaccord avec ce document pour peut-être l’infléchir.

     

    Le 13/12, il sera adopté par le Conseil municipal.

    Le 19/12 par le Conseil de territoire, Est Ensemble.

    En mars et avril 2018, une enquête publique sera faite. Mais on sait bien que celles-ci n’ont jamais modifié les décisions prises.

    En mai, juin 2018 le rapport sera rendu et dans la foulée sont adoption sera définitive. Sans compter que les réformes territoriales en cours (entre autres Le Grand Paris) vont bientôt venir nous dicter comment nous devons vivre. Il faut s’y préparer en commençant par adopter un PLU quelque peu plus ambitieux que celui actuellement produit.

     

    Aussi, je ne saurais trop vous encourager à contacter vos élus pour leur exprimer vos désaccords et en particulier à :

    - Monsieur Patrice Bessac, Maire : patrice.bessac@montreuil.fr  

    - Monsieur Gaylord Le Chequer , Adjoint délégué à l'aménagement durable, à l'urbanisme, aux grands projets et aux espaces publics: gaylord.lechequer@montreuil.fr

    - Monsieur Stéphan Beltran, Conseiller délégué au logement et à l’habitat auprès de l’adjoint délégué à l’aménagement durable, à l’urbanisme, aux grands projets et aux espaces publics : stephan.beltran@montreuil.fr  

     

    Voilà, j’ai fait mon devoir, à vous de faire le vôtre. Si dans quelques années les conditions de vie dans cette ville s’aggravent encore et que les CDQ radotent toujours sur les mêmes problèmes sans rien pouvoir changer, vous ne pourrez pas dire : « on ne savait pas ».

     

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