• Urbanisme : analyse des contradictions du PADD et mes souhaits pour Montreuil

     

    Comme vous n’êtes probablement pas sans le savoir, une grande concertation est en cours, pour modifier le PADD (Plan d’Aménagement et de Développement Durables), et par la suite le PLU (Plan Local d’Urbanisme).

     Des enjeux politiques fondamentaux pour l’avenir de Montreuil et la ville que nous souhaitons pour aujourd’hui (2018) et demain.

     La première version du PADD élaboré à la suite de ces consultations et des validations des élus est en ligne : cliquez sur ce lien pour le lire.

     Une merveille ce PADD, car qui ne pourrait pas être d’accord avec les déclarations d’intentions…

    À part quelques points de détails et contradictions (que je soulèverai par la suite), si les actes suivent les intentions c’est une ville idyllique que nous connaîtrons… ou un peu plus d’enfer, notamment parce que certaines options sont totalement irréalistes et ne tiennent pas compte des conséquences qui en découleront.

     Aussi, en suivant les chapitres du PADD, je vous livre mes analyses, points de divergences et propositions.

     


    • Montreuil, ville de partage


     

    Point 1 page 6 : « Permettre la réalisation de 580 logements par an en moyenne »

     

    Bien sûr, on ne peut que souhaiter que les 7 000 demandes de logements sociaux montreuillois trouvent à se loger dans la commune. Il y a juste quelques défauts de taille dans cette fuite en avant des constructions de logements, notamment à destination sociale.

     Le quota d’attribution de la Ville sur les logements sociaux construits est de 20 % ; le reste se répartissant sur les autres opérateurs : action logement, région, État.

    Au rythme des constructions prévues (580 par an en moyenne), un simple calcul (7000/(580*0,2)) montre qu’il faudra 60 ans, pour satisfaire à toutes les demandes locales actuelles.

    Dans le même temps (sans compter que 60 ans c’est long pour obtenir un logement), cela implique également :

    - qu’il faudra accueillir 28 000 (!!!) demandeurs de logements sociaux venant d’ailleurs, en plus à Montreuil.

    - si ce sont des programmes mixtes qui sont mis en place et que les PLAI ne représentent que 30 % des constructions, la population de Montreuil serait tout simplement doublée rien qu’avec ces programmes sociaux (sans inclure les privés !) ; juste pour reloger nos mal-logés !

     Les chiffres sont implacables…

     Avez-vous envie que la population de Montreuil double ? Que nous ayons à gérer et financer (dans cette ville déjà en faillite) toutes les conséquences en terme de besoins de services publics et infrastructures (écoles, collèges, centres sociaux, sportifs, médicaux, et cetera, et cetera) ? Moi pas.

    Montreuil en a-t-il tout simplement les moyens quand (selon des chiffres que je n’ai pas pu vérifier) chaque nouvel enfant (sans même intégrer son coût scolaire) coûte déjà à la Commune en moyenne 1 500 € par an.

     Outre les problèmes financiers évidents que cela impliquera, cette fuite en avant devient absurde et contre-productive par rapport à un projet de ville qui voudrait respecter certains équilibres.

    Les besoins actuels des populations (propreté, tranquillité, circulation, stationnements, emplois, et cetera) ne sont déjà pas satisfaits, et depuis trop longtemps. Qu’en sera-t-il avec ces nouveaux apports de populations, qui nécessitent une attention permanente sous peine que la « loi de la jungle » ne prenne le dessus ?

     Ce n’est donc certainement pas en continuant à construire des logements (sociaux ou non) qu’on résoudra les nombreux problèmes actuels de Montreuil.

    Pire, nous ne ferions qu’aggraver tous ceux qui sont déjà le lot quotidien des Montreuillois, sans plus aucun moyen de les résoudre.

     C’est tout cela que n’anticipe pas cette a priori bonne intention du PADD actuel.

    Gérer, c’est prévoir ; tenter de réaliser un « idéal social » sans en avoir les moyens, c’est créer un cauchemar.

     

    Avec 36 % de logements sociaux, Montreuil remplit déjà très largement ses obligations par rapport à la dernière loi SRU qui impose aux communes d’avoir au moins 25 % de logements sociaux.

    Autant j’aime, j’apprécie et je ne pourrais pas vivre sans mixité sociale, autant si on concentre trop de faibles revenus à Montreuil, je ne vois plus du tout où serait encore la mixité… avec une conséquence qui pourrait être de faire fuir tous les autres, même les plus militants, et d’accélérer ainsi une ghettoïsation.

     Aussi au risque de me faire de « nouveaux amis » parmi mes amis de gauche, j’ose le dire : il faut totalement arrêter la construction de logements sociaux à Montreuil.

    Il y a autre chose à faire avec cette ville, en commençant d’abord par régler les problèmes actuels, sans s’en créer de nouveaux.

    Il faut cependant maintenir une obligation dans le PLU pour que tous les logements collectifs (disons à partir de 10 logements) comportent au moins 25 % de logements sociaux, promouvoir les réhabilitations, développer les habitats autogérés, les écoquartiers, obliger à une vraie mixité des activités, créer des centres d’activités, et cetera… plutôt que continuer à construire exclusivement du logement social. Mais, j’y reviendrai.

     

    Point 3 page 6 : « Freiner / réguler la densification »

     

    Freiner, réguler ou stopper ?

     

     Avec 11 675 habitants/km2, en termes de densité de population, Montreuil se situe déjà dans une moyenne haute, voire très haute, par rapport à d’autres communes de la Petite Couronne.

     Pour mémoire, moyenne par département :

    - Haut de Seine (92) : 9 042 hab./km2

    - Seine Saint-Denis (93) : 6 578 hab./km2

    - Val-de-Marne (94) : 5 527 hab./km2

     

     Encore pour mémoire, la densification par ville de Est Ensemble (données 2013) :

    Nom

    Code Insee

    Superficie (km²)

    Total population

    Densité population au km²

     Bobigny 

         93 008  

                 6,77  

           49 802  

               7 356  

     Romainville

         93 063  

                 3,44  

           25 657  

               7 458  

     Noisy-le-Sec 

         93 053  

                 5,04  

           41 125  

               8 160  

     Bondy 

         93 010  

                 5,47  

           52 865  

               9 665  

     Pantin 

         93 055  

                 5,01  

           53 471  

             10 673  

     Montreuil 

         93 048  

                 8,92  

         104 139  

             11 675  

     Bagnolet 

         93 006  

                 2,57  

           35 984  

             14 002  

     Les Lilas 

         93 045  

                 1,26  

           22 819  

             18 110  

     Le Pré-Saint-Gervais 

         93 061  

                 0,70  

           17 908  

             25 583  

     

    Une volonté de densification ne peut se comprendre que si cela répond à des données et/ou besoins locaux spécifiques.

     Montreuil a-t-il besoin d’encore plus d’habitants ? Avec un taux de chômage tournant autour de 18 % (une donnée passée sous silence dans le PADD, alors que la moyenne nationale est de 10 %, hors catégories non prises en compte), manque-t-il de main-d’œuvre ? Dispose-t-il d’un excédent de terrains constructibles à valoriser ? Ses équipements collectifs sont-ils sous-employés ? Dispose-t-il d’un excédent de budgets et/ou de financements qui lui permettraient de répondre aux besoins supplémentaires de services publics et équipements collectifs, générés mécaniquement par de nouvelles populations ?...

    À l’évidence, les réponses sont non, à toutes ces questions.

     Alors, quel intérêt de poursuivre cette densification, même en la régulant ? Sauf si on est promoteur, agence immobilière, ou distributeur de services publics privatisés (comme Engie, Véolia ou d’autres grands propagandistes des « idéologies » concentrationnaires, pour lesquels les grands ensembles sont des mannes), ou encore qu’on défende les intérêts du Grand Paris ou d’Est Ensemble (qui ne sont pas ceux de Montreuil), je ne vois pas en quoi il y aurait une quelconque utilité ou nécessité de densifier.

     Plus généralement, Montreuil n’a pas à se substituer à toutes les communes qui ne jouent pas le jeu et qui ont des retards en termes de densification, ainsi qu’en logements sociaux ; alors même, faut-il le rappeler, que les besoins locaux (en terme de services publics et d’environnement) des Montreuillois ne sont pas satisfaits.

     De plus ; on ne peut pas vouloir préserver l’aspect « village » de Montreuil, ou encore (parmi d’autres contradictions) réduire la place de la voiture ou développer les espaces verts, et continuer la densification. C’est tout simplement pas possible ; les choix s’excluent les uns des autres.

     On le sait depuis longtemps, au-delà de certains seuils de densification et/ou de surpopulation, le politique ne maîtrise plus rien et les populations subissent de façon quasiment inversement proportionnelle à la densité : désocialisations, incivilités, climat d’insécurité, irresponsabilités, incivismes, délinquances, perte de l’intelligence collective… et tout simplement mal de vivre…

    N’oublions pas que, si nous ne sommes pas des rats, pour autant l’expérience du cloaque a démontré depuis les années 60 que la surpopulation est un facteur en-soi de dérèglements et de pathologies sociales, y inclus quand tous les besoins primaires sont satisfaits. Nos expériences d’urbanisation forcenée ont toujours démontré que nous ne sommes pas très différents des rats, au regard des pathologies sociales qui résultent de la densification.

     

    Aussi (bis) au risque de me faire de « nouveaux amis » parmi mes amis de gauche, j’ose le dire : il faut totalement arrêter la densification de Montreuil ; du moins en l’attente, que les problèmes et besoins actuels soient résolus et satisfaits.

     Il est donc facile d’en déduire que je suis pour que les quartiers pavillonnaires le restent, avec des habitations faisant au maximum R+2, tandis que les emplacements destinés à recevoir des logements collectifs ne devraient jamais dépasser R+4, avec des obligations d’espace vert et de mixité d’activités renforcées.

     

    Point 4 page 6 : « Veiller à la qualité de la construction, de l’architecture et de l’esthétique des opérations »

     

    Ce qui pose immédiatement le problème du « qui veille », qui décide de ce qui est acceptable ou pas.

    En termes d’esthétique architecturale Montreuil, c’est à peu près tout et énormément de n’importe quoi (beaucoup hérité des années 60/70)… aucune cohérence, aucun respect des environnements, aucune cohésion des architectures, aucun souci des besoins humains…

     Il y a une façon simple d’y remédier.

    C’est de consulter les habitants locaux dans un rayon disons de 400 mètres autour du projet d’implantation. Et bien évidemment, de tenir compte du résultat de cette consultation pour accorder ou non un permis de construire.

    C’est très simple à faire. Le bureau des Permis de construire préviendrait le ou les Conseils de quartier concernés et ferait sur le site de la Mairie la publicité des projets déposés. Il mettrait en ligne (ce qui évitera en plus d’attendre un mois, ou plus, pour avoir copie des seuls permis validés) les projets qu’il reçoit. Un système de consultations, d’expressions, de recueil des avis et de votes par Internet serait mis en place. 

    On peut espérer que cela  réduirait radicalement le nombre d'erreurs, de mécontentements, procès, et projets incohérents.

     

    Point 4 page 7 : « Lutter contre la gentrification et permettre aux catégories populaires de rester à Montreuil »

     

    La « gentrification », un concept creux s’il en est ; et pourquoi pas lutter contre l’embourgeoisement des catégories populaires et la « boboïsation » des anciens rebelles pendant qu’on y est… mais passons.

     

    Compte tenu des éléments précédemment exposés, il n’y a pas plusieurs façons de réaliser cet objectif de maintien des catégories populaires. Il n’y en a qu’une, c’est de stopper et même éradiquer la spéculation immobilière.

    À défaut de pouvoir voter des lois nationales qui supprimeraient tous les parasites et intermédiaires qui se sucrent sur l’immobilier sans rien produire, il ne reste plus à Montreuil qu’à adopter un PLU suffisamment dissuasif pour :

    - empêcher la densification nécessaire à la production de plus-values (comme on peut le constater dans les opérations qui achètent à n’importe quel prix du R+2, pour en faire du R+5, ou plus),

    - multiplier (par dévolution à des espaces verts et/ou d’activité) les réserves de zones qui empêchent l’installation de logements,

    - imposer des obligations de construction qui rendent les opérations immobilières si contraignantes qu’elles deviendraient non rentables.

     Bref, l’exact contraire de ce qu’a fait madame Voynet et son équipe de soi-disant écolos, qui a ouvert en grand les vannes de la spéculation immobilière en vidant le PLU de quasiment toute contrainte (parkings, hauteur de bâtiment, locaux collectifs et/ou d’activité, orientation des ouvertures, et cetera) ; et qui a laissé en conséquence des projets dégueulasses se faire, comme on peut en voir un peu partout.

     

    Point sur « Points de débat » page 8 : « Construire d’autres équipements publics (…) ou les rendre accessibles par des navettes ? »

     

    Une étonnante opposition qui n’a pas lieu de se poser.

     À l’évidence, on ne gardera pas un aspect de village à Montreuil sans équipements, commerces, activités, emplois et services de proximité ; tandis que si on veut lutter contre l’envahissement de la bagnole, tout ce qui peut être développé en termes de transports collectifs (et/ou alternatifs) et pour désenclaver certains quartiers de Montreuil doit être fait.

    Sur ce dernier point, à l’exception des tramways qui passent là où on n’en a pas besoin (comme celui des boulevards extérieurs, qui aurait été bien plus utile en suivant le parcours de la Petite Ceinture, ce qui aurait permis entre autres l’interconnexion directe avec les métros), je n’ai qu’une exclusion totale, c’est celle qui concerne les Vélib’, auxquels je suis totalement opposé. J’y reviendrai.

     


    • Montreuil, territoire attractif


     

    Point 4 page 13 : « Les activités économiques à favoriser ou à développer »

     

    À travers les artistes, artisans (d’arts et autres), acteurs du secteur culturel, résidants à Montreuil, c’est insensé que cette ville ne comprenne pas, et depuis tant d’années, qu’elle vit sur une mine d’or inexploitée.

    Quelle ville peut s’enorgueillir d’accueillir plus de 800 artistes et artisans, et un secteur culturel dont il est même difficile de quantifier l’impact tant les acteurs sont nombreux (presque autant qu’à Paris d’après le site de la Mairie).

    Sauf que cette ville qui ne cesse de se glorifier de ces catégories d’habitants ne fait quasiment rien pour eux ; rien pour les aider à se faire connaître, à se développer, à créer de l’activité économique autour de leurs savoir-faire.

     Depuis des années, je propose aux différentes équipes municipales de mettre le paquet pour le développement de ces secteurs, sans jamais éveiller le moindre intérêt de leur part.

    J’ai mis en ligne (entre autres) un projet articulé autour d’un Centre des Arts et Métiers d'Art, à l’échelle des besoins locaux et à visées internationales, qui n’a jamais reçu la moindre réponse.

     De même, il faudrait multiplier l’implantation de centres d’arts, d’artisanats et d’entreprises culturelles sur le modèle de la « Cité des Ateliers d’artistes du Bel air » ; une expérience qui je l’espère ne restera pas unique, tant j’ai aimé ce qui s’y passe lorsque je l’ai visité.

     

    Voilà des axes majeurs sur lesquels la Ville pourrait s’appuyer pour se rénover et développer de l’activité économique à moindres frais, puisqu’utilisant des ressources locales ; mais visiblement elle ne sait pas faire, pire elle ne comprend même pas tous les bénéfices qu’elle pourrait en tirer.

     

    Le grand absent de ce PADD est l’industrie, réduite année après année à la portion congrue à Montreuil : moins de 15 % des activités, et encore cela dépend de comment on compte.

    Là encore, les politiques de déclassement du PLU menées après Brard (pour les nouveaux arrivants : le maire avant Voynet) vont totalement à l’encontre de ce maintien des activités industrielles et il est urgent de préserver et recréer des zones d’activités pour que rien d’autre ne puisse s’y installer.

     

    Point 5 pages 13 : « Donner envie aux nouvelles entreprises de s’implanter »

     

    À l’évidence compte tenu du déficit d’emplois sur Montreuil, ce devrait être une priorité des priorités et ce d’autant plus que tout emploi créé, toute entreprise qui s’implante et/ou se développe, c’est également des recettes complémentaires qui permettraient de soulager les difficultés financières de la Ville et également les impôts locaux des personnes.

     

    Cependant, nous sommes typiquement dans un système de multiples contraintes (souvent contradictoires), où les déclarations d’intentions se heurtent aux réalités financières qui font qu’Est Ensemble, et donc Montreuil, est classé dans les communes à la fiscalité locale (des personnes et des entreprises) parmi les plus fortes.

    Sur les 41 villes de plus de 100 000 habitants, Montreuil est une des villes les plus chères : à la 38ième place pour sa pression fiscale locale classée par ordre croissant ; encore récemment, par exemple, en matière de cotisation foncière des entreprises, Est ensemble a validé le taux le plus important de tout le 93 : 38,67 %.

     Alors, quel intérêt, pour une entreprise qui sait compter, de s’implanter dans une ville où la CET (Contribution Économique Territoriale, composée notamment de la cotisation foncière) est au maximum de ce que les régions, les départements et les villes peuvent prélever ?

    Ce n’est donc pas un simple calcul comptable qui permettra aux entreprises de s’implanter à Montreuil plutôt qu’ailleurs, bien au contraire.

     Une déclaration d’intention sur l’attractivité pour les entreprises, qui ne repose donc sur pas grand-chose, parce que ce n’est pas en matraquant fiscalement les entreprises qu’on leur donnera envie de venir s’installer à Montreuil.

    De plus, Est Ensemble n’a pas les moyens de baisser les impôts locaux des entreprises, car il serait alors obligé de les transférer sur les particuliers qui sont déjà au maxi du supportable, pour ce qui concerne la taxe d’habitation et la taxe foncière (2 impôts stupides et injustes, s’il en est, qui ne discriminent pas les impositions en fonction des revenus).

     Les données du problème sont donc !

    - plus on augmente les impôts locaux des entreprises plus on les fait fuir ailleurs, moins on a de recettes fiscales et plus on doit augmenter les impôts des entreprises qui restent et/ou ceux des particuliers (et plus on fait fuir les deux),

    - plus on baisse les impôts locaux des entreprises pour rendre le territoire plus attractif, plus on doit compenser par ceux des particuliers qui n’en peuvent déjà plus,

    - plus on accueille de nouveaux habitants (de préférence solvables, ce qui n’est même pas le cas actuellement) en espérant qu’ils apporteront des recettes fiscales supplémentaires, plus on augmente les besoins en services et en infrastructures (écoles, et cetera) publics, plus on doit augmenter les impôts locaux (sans discrimination), pour faire face à l’augmentation des besoins générés mécaniquement…

     Un problème insoluble ? Oui, tant que la fiscalité française sera ce qu’elle est stupide, inégalitaire, non progressive et absurde (notamment au niveau des assiettes)…

     En attendant que les politiques nationaux se décident à faire ce qui devrait être fait (et il est inutile d’attendre parce qu’ils ne feront jamais rien, puisque c’est ce qu’ils savent le mieux faire), il ne reste plus à Montreuil qu’à faire la danse du ventre pour attirer de nouvelles entreprises, parce que ce n’est certainement pas le choix de l’optimisation économique qui les fera venir.

    Elle pourrait prendre la forme d’une cellule de développement économique qui soit un vrai soutien aux entreprises en matière de développement, de mise en relation, d’aide à l’implantation et tant d’autres actions qui ne sont visiblement pas dans la culture de Montreuil.

    Non, je rigole ; il en existe déjà une à Est Ensemble ; mais quelqu’un sait-il qu’elle existe et ce qu’elle fait ?

     

     Il y a également de graves problèmes passés sous silence qui laisseront au niveau des bonnes intentions de grandes parties de ce PADD.

     Montreuil n’est pas en bonne forme financière (Cf. : cet article qui l’explique), c’est le moins qu’on puisse dire. Si ses comptes étaient ceux d’une entreprise, cette ville aurait dû se mettre en redressement judiciaire depuis longtemps, pour ne pas dire en faillite… Ça date de loin et je ne vais pas vous en faire l’historique, ni l’analyse.

    Cette ville s’est également enkystée dans de mauvaises pratiques de gestion des services publics qui font que ses coûts/services rendus sont plus élevés que la plupart des villes avec lesquelles on peut la comparer, pour des prestations souvent déplorables. On ne va pas épiloguer sur les causes, ce sont des constats que chacun peut faire. Mais, à l'évidence, Montreuil n’aura pas les moyens de toutes ses ambitions, sans une réforme profonde et probablement douloureuse de ses modes de fonctionnements qui viennent de loin.

     De plus, les communautés d’agglomération, donc Est Ensemble (créé en 2010), devaient permettre (entre autres) la mise en commun de moyens qui auraient dû optimiser et faire baisser les coûts des services publics, et donc nos impôts, avec en plus une promesse d’amélioration des prestations rendues.

    Or, il suffit de constater qu’entre 2009 et 2016 ans nos impôts locaux ont augmenté de 17,9 % (2,8 % de plus en moyenne par an) pour la taxe d’habitation, et 26,4 % pour la taxe foncière (4 % de plus en moyenne par an), pour admettre qu’il n’en est rien ; avec en plus une amélioration des services publics locaux qu’on serait bien en peine de démontrer.

    Un phénomène incontrôlé de dérive des dépenses publiques qui n’est pas propre à Montreuil et qui accompagne généralement toutes les créations de communauté d’agglomérations… qu’on nous a pourtant « vendues » en nous expliquant que cela permettrait de faire des économies et améliorerait les services publics à terme.

    Je pense que nous allons attendre longtemps… d’autant que ce n’est pas en créant des supra-structures qu’on doit procéder pour faire des économies d’échelles… Presque tous les managers d'entreprises le savent, mais visiblement pas nos politiques (pour lesquels, c’est toujours bien de créer de nouvelles places rémunérées à occuper).

      Reste en attendant que la gabegie soit résolue (on peut toujours rêver), le développement des ressources locales de Montreuil ; et là, il y a vraiment beaucoup à faire, notamment comme je le soulignais plus haut pour le secteur artistique, artisanal et culturel.

     

     Ha, encore une donnée qui en dit long sur les besoins de rééquilibrage de cette ville : seuls 46,5 % des foyers payent de l’impôt sur le revenu à Montreuil, contre 62,7 % en moyenne nationale… Sans commentaire…

     

    Point 5 page 15 : « Soutenir le développement des nouveaux modes de déplacements (vélo, et cetera…) »

     

    Oui au développement des nouveaux modes de déplacement, cependant parmi eux il faut totalement arrêter le Vélib’.

    Ce choix coûtait déjà à la ville de Paris en 2010, 2 990 € (!!!) par vélo et par an, comme le démontre cet article (et ça s’est aggravé depuis). Un vrai scandale en soi ; et il y en a tellement d’autres sur cette affaire ; par exemple, quand on compare le coût d’un trajet en y incluant sa part subventionnée avec celui du métro, on aboutit à ce qui suit (coûts 2010) :

     

    Métro

    % de la répartition

    Vélib'

    % de la répartition

     Part payée par l'utilisateur

     1,20  

    58,54%

     0,18  

    7,61%

     Part subventionnée

     0,85  

    41,46%

     2,14  

    92,39%

     Total du prix du trajet

     2,05  

    100,00%

     2,31  

    100,00%

     

     Une telle gabegie financière pour un transport qu’on peut difficilement utiliser les jours de pluie (165 jours par an en moyenne en IDF) ou en hiver, quasiment impossible pour les vieux et les personnes en mauvaise santé, sur les trajets qui montent et qui descendent, sur les longs trajets… et qui en plus engraisse une entreprise privée (J.C. Decaux) qui saccage notre environnement avec des panneaux publicitaires, c’est au-delà de ce que les politiques peuvent faire comme choix absurdes, totalement idéologiques et qui nous coûtent très chers, pour ne profiter qu’à une minuscule minorité (0,05 % des déplacements pour tous les vélos, sources STIF) ; minorité qui aurait en plus probablement les moyens de s’acheter leur propre vélo.

    Il est à noter qu’Autolib’ n’est pas une solution non plus, un vrai scandale à rajouter sur le compte des PPP (partenariat public-privé) ; et ce d’autant plus que son coût par rapport au service rendu est monstrueux et son rendement écologique désastreux ; comme le démontre cet article à la suite de la publication par le Canard Enchaîné des comptes prévisionnels de l’exploitation. 

     Il y aurait tellement d’autres alternatives (y incluse celle de subventionner un vélo électrique à ceux qui le souhaitent et qui ne peuvent pas s’en offrir) que je vous laisse en compagnie de l’AMUTC, qui fait de vraies propositions.

     

     Un développement des nouveaux modes de déplacements n’ira pas sans un réaménagement et une réfection totale des voiries de Montreuil :

    - suppression des chicanes qui empêchent le croisement des vélos et des véhicules ; pour réduire la vitesse préférer les dos d’âne (sur toute la largeur de la rue, et pas les gendarmes couchés qui font que les véhiculent se déportent) ;

    - suppression de tous les terre-pleins (ou boudins) séparateurs qui posent également des problèmes de dangerosité pour les deux roues, car laissant peu d’espace pour les dépassements ;

    - arrêter la suppression (et même, les rétablir) des tourne-à-gauche et toutes les opérations visant à « punir » les automobilistes (en créant des embouteillages), mais tout également tous ceux qui sont dans l’obligation de circuler ;

    - rétablir des sens de circulation et des priorités cohérentes (les labyrinthes montreuillois sont vraiment exceptionnels en la matière)… sans oublier que la signalétique de Montreuil est un cauchemar pour tous ceux qui ne sont pas équipés d’un GPS, tant il manque de plaques aux rues et tant il y a d’endroits où on ne sait tout simplement pas où on est.

     Dans ces déplacements doux, il faut aussi que les piétons puissent circuler sans que cela soit dangereux et fastidieux notamment pour les personnes à mobilité réduites ; donc, enlever tous les mobiliers urbains inutiles et les potelets censés empêcher les voitures de stationner et qui pénalisent en réalité les piétons dans leurs déplacements. Sans oublier de déplacer les poteaux de signalétiques routières et les lampadaires plantés n’importe où et qui gênent les passages piétons, et ils sont nombreux à Montreuil.

     

    Revenons à une saine gestion des contraintes et des punitions, en massacrant les automobilistes qui stationnent sur les trottoirs et les passages protégés, pas en pénalisant les piétons en les empêchant de profiter de toute la largeur des trottoirs déjà très étroits à Montreuil.

    Je pense qu’à la suite de quelques PV, les comportements changeront du tout au tout ; et en plus, ça rapportera un peu d’argent à la commune plutôt que ça lui en coûte en continuant à installer et entretenir du mobilier urbain gênant pour les piétons.

     Par ailleurs, il faut rétablir l’obligation d’un parking par habitation pour toute nouvelle construction ; c’est le seul moyen de débarrasser les rues de Montreuil des véhicules.

     

    Point 4 page 16 : « Défendre la production artistique et l’accueil des artistes sur le territoire »

     

    Oui, mais comment ? Il faut qu’ils mangent ces artistes ; et si on ne fait rien pour qu’ils puissent exposer et vendre leurs œuvres, on va en faire quoi de tous ces artistes ? C’est pourquoi, j’ai fait des propositions concrètes dans cet article pour qu’ils deviennent une vraie locomotive économique de Montreuil.

     Au niveau artistique, je n’ai qu’une opposition totale, c’est celle qui concerne la complicité et pire la promotion du street-art, qui a transformé Montreuil en poubelle visuelle ; car c’est ce qui agresse en premier quand on arrive dans cette ville.

     Il y a des lois qui interdisent de saloper les murs et sanctionnent les contrevenants ; appliquons-les, point. Sans distinction de ce qui pourrait être de l’art ou pas ; d'ailleurs, qui en déciderait ?

    L’art est une émotion individuelle et procède de choix personnels ; en aucune façon il n’a à s’imposer à tous de manière totalitaire et intrusive, en saccageant la neutralité de l’espace public.

    Est-ce qu’on supporterait qu’une ville puisse installer des haut-parleurs partout pour diffuser de la musique (par exemple du Mireille Mathieu) en continu ? À l’évidence, non. Il n’y a donc pas lieu que cela se passe autrement pour la peinture et les grafs : tolérance zéro ; y inclus pour ce que certains pourraient considérer comme de l’art, sans admettre que ça ne sera jamais que leur goût personnel.

     


    • Montreuil, côté nature


     

    Point 2 page 19 : « Développer des squares et espaces verts » et « Développer des petits espaces verts de proximité (…) »

     

    Totalement d’accord. Ceux qui ont des enfants se plaignent de l’absence de lieux ou leurs mômes pourraient tout simplement jouer. Sauf que cela veut dire quoi « petit » ? Les formats « timbre-poste » sont quand même assez peu adaptés aux ébats et besoins des enfants.

    Il est à noter qu’en termes de cohérence sur ce sujet le bilan Voynet est assez désastreux : destruction d’un espace boisé classé (de 8 500 m²) pour y construire une école ou encore d’une partie des Murs à Pêches pour une piscine... alors qu’il y a tant d’autres espaces en friche à réhabiliter.

    La municipalité actuelle, qui n’est pas en reste, veut faire mieux. Elle va détruire un hectare d’espace de jeux et de loisirs (classé Natura 2000) pour y construire un collège, sans nullement remplacer cet espace essentiel pour ce quartier. Lire cet article, pour comprendre à quel point c’est inadmissible ; et ce d’autant plus que l’on va reproduire la mauvaise expérience du Collège Cesaria Evora, que de nombreux sites alternatifs sont possibles et pire, que le besoin d’un dixième collège n’est même pas avéré sur Montreuil.

    Alors, où est la cohérence ? Ces bonnes déclarations d’intentions ne resteront-elles que ce qu’elles sont : des promesses qui n’engagent que ceux qui y croiront, pendant qu’on fera autre chose en réalité, comme savent si bien le faire tous les politiques.

    Les choix d’urbanisme ont des conséquences en chaîne à tous les niveaux pour la qualité de vie des populations. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’OMS. De nombreuses études (un exemple parmi d’autres) corroborent et confirment que la santé (y inclus psychologique) est améliorée, les liens sociaux favorisés, le stress diminué,… quand l’accès aux espaces verts peut se faire à pied. Mieux une étude récente démontrerait que vivre à proximité d’arbres ferait gagner 7 ans d’espérance de vie.

    Montreuil dispose actuellement de 5,8 m² par habitant de parcs et jardins, l’OMS en préconise 12 ; soit plus du double ! Alors, cette ville sait ce qu’il lui reste à faire, en commençant par ne pas détruire les derniers espaces verts et de liberté qui restent… du moins si elle ne veut pas rester dans le déclaratif et les promesses non tenues.

     

    Point sur « Points de débat » page 19 : « Ouverture des parcs / suppression des grilles »

     

    Je suis pour l’ouverture des parcs et suppression des grilles, pour une raison simple, c’est que ça n’empêche que les vieux d’y aller la nuit, pas les jeunes qui savent comment transgresser les interdictions. Et si des activités illégales devaient s’y installer et bien au moins on saura où elles se passent et n’encombreront plus la ville.

     


    Pour conclure


     

    Nous avons supporté, sans jamais avoir eu notre mot à dire, la « brillante idée » d'urbanisation fonctionnelle et concentrationnaire, qui sur-détermine la politique française d'aménagement du territoire depuis plus de 50 ans… avec son interminable et funeste cortège de désagrégation sociale ; sans omettre une de ses principales conséquences absurdes : la croissance exponentielle des besoins de déplacements pour tous les actes de la vie : travailler, consommer, se divertir, se cultiver, aller à l’école, s’aérer, rencontrer d’autres humains, se soigner…

    Rien n’a été pensé dans nos systèmes urbanistiques pour permettre ces simples actes sans que cela ne nécessite des déplacements plus ou moins longs, puisque tout a été, et continue à être conçu en termes de zone où les activités ne doivent pas se mélanger ; alors, que le bordel, c’est la vie.

     J’attends toujours qu’on m’explique, par exemple, l’intérêt d’avoir fait la Défense (que, pour comble, on va encore agrandir), sans oublier les cités ou communes dortoirs, lieux de désocialisations absolues, s’il en est…

    Il faut mettre fin à ce système insensé qui aboutit, entre autres, aujourd’hui à devoir supporter 8,3 millions déplacements quotidiens en IDF.

     

    J’ai vécu mon enfance dans le 10ième arrondissement de Paris, encore populaire à l’époque et jamais nous n’avions besoin de prendre le métro pour accéder à tous les services et activités qu’impliquaient nos vies. Absolument tout pouvait se faire dans un rayon de 1,5 km autour de notre habitation et nous ne prenions le métro le week-end que pour nous rendre à des manifestations lointaines. 

    Dans mon immeuble cohabitaient et s’entraidaient toutes les origines sociales : immigrés primo arrivants, aristocrate, traders, patrons, cadres sup, cadres moyens, employés, ouvriers… Chacun se connaissait, s’appréciait, s’entraidait et partageait sa vie avec les autres.

     

    J’espère que Montreuil sera capable de faire mieux que faire cohabiter des différences, qu’il saura créer les conditions pour que chacun ne considère plus son voisin comme un étranger, mais comme un humain digne d’intérêt.

     

    Pour finir : je vous rappelle que les enjeux de la consultation en court sont fondamentaux et cruciaux. Ce sont nos avenirs et ceux de nos enfants qui sont en jeu ; et ce d’autant plus qu’avec Est Ensemble et demain (2018) le Grand Paris, les pouvoirs locaux de décider de nos vies vont se réduire à une peau de chagrin.

    Si nous n’affirmons pas maintenant ce que nous voulons, nous ne pourrons tout simplement plus jamais le faire. Alors, à vous maintenant d’exercer vos regards critiques et de dire ce que vous voulez.

    Plus nous serons nombreux, plus il sera compliqué pour les pouvoirs politiques de faire n’importe quoi et de faire défaut à leur parole, ce qu'ils pratiquent abondamment comme une seconde nature. Rappelez-vous que si « les promesses n’engagent que ceux qui y croient », ceux qui se seront tus face aux trahisons seront au moins autant coupables d’avoir laissé faire.

     


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